Edito: L'expérience, un capital encore inexploité
Stop au gâchis économique, humain et psychologique. Arrêtons de ne manager que des chiffres et des comptes dexploitation. Arie de Geus, dans son étude sur les entreprises centenaires, fait ressortir que celles-ci ont su capitaliser et développer leur capital humain pour maintenir et développer un niveau de rentabilité important.
Malheureusement, sous la pression des actionnaires, la valeur dune entreprise correspond souvent pour ses dirigeants à la dernière ligne du compte dexploitation. Pourtant, la valeur ajoutée dune entreprise réside aussi dans la capacité de son personnel à créer de la valeur à travers son expérience, sa capacité à innover et à développer dautres manières dagir. Cette valeur, peu dentreprises savent en créer les conditions et encore moins la faire fructifier, lexploiter, la capitaliser et la transférer.
Cette valeur a un coût pour ceux qui ne savent pas en tenir compte: des milliers dheures de réunions à redéfinir les mêmes actions, à répéter des tâches déjà réalisées par dautres et des millions de francs à réparer des erreurs, à regagner des clients perdus par précipitation.
Au-delà de la non prise en compte de cette valeur expériencielle que représente ce capital dintelligence individuelle et collective, il sagit aussi de motivation et de reconnaissance des personnes.
Il y a quelques années, des spécialistes de la qualité nous expliquaient que les entreprises avaient des réserves de productivité dues à la non exploitation de la créativité et de la motivation de leur personnel. Le temps leur a donné raison. Nous pouvons également dire que les entreprises possèdent un véritable gisement de richesses immatérielles constituées dexpériences, dexpérimentations individuelles et collectives quelles mettent peu en valeur.
Avec le départ par milliers des plus de 55 ans et larrivée massive des jeunes, les entreprises ont loccasion de mettre en uvre tout un processus qualité au niveau de lapprentissage et du transfert des connaissances et des compétences.
Dailleurs certaines entreprises transforment la pyramide des âges en opportunité et motivent les quinquagénaires pour transmettre leurs expériences aux jeunes qui prendront la relève. Elles organisent aussi les transferts de connaissances et de compétences en mettant en place des systèmes de recueil dinformations, des groupes dexplicitation des savoirs et de partage dexpériences et des " mentors " pour les jeunes arrivants. Le retour et le partage dexpériences deviennent un acte professionnel à part entière intégré au temps de travail.
Pour la décennie à venir, lenjeu des entreprises est double : faire face à un départ massif à la retraite de leur personnel et développer la capacité dapprentissage de leur organisation. Les réponses possibles pour relever ces deux défis sont de:
- favoriser, valoriser et exploiter lexpérience individuelle et collective de leurs collaborateurs;
- développer lesprit dinnovation, dexpérimentation et de création.
Faut-il encore dépasser la croyance que le (seul) temps efficace est celui passé dans laction, à agir et à mettre en uvre, et prendre conscience que la valeur dun homme réside autant dans sa capacité à faire que dans celle de réfléchir, dinnover et de partager ses compétences.
Francis KAROLEWICZ
Directeur FMK Consulting
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